A l’approche des derniers matchs amicaux de préparation et en prélude au Fan Day ce 21 juillet qui mobilisera les supporters au stade, Mehdi Bayat dresse un état des lieux complet. A quelques jours de la reprise de la compétition, décryptage des ambitions dans la maison zébrée…
Mehdi, quel bilan tirez-vous de la préparation ?
Notre préparation se déroule comme Felice Mazzu l’a décidé. Pour la première fois, il n’a pas voulu de match de préparation contre des équipes de divisions inférieures car dans sa logique, notre groupe se connaît. Ce dernier est stable et les automatismes doivent être présents. Nous n’avons enregistré qu’une seule victoire pour le moment mais la satisfaction de Felice Mazzu après chacune des rencontres préparatoires est la plus grande de mes satisfactions. Si le coach est content, je le suis aussi.
Le stage d’avant-saison est un moment capital dans cette préparation. Ce stage aux Pays-Bas a été qualifié de pleine réussite…
Le bilan du stage doit être analysé sous différents points de vue. Le premier aspect concerne une prise de conscience. Cette saison 2016-2017 est la première du nouveau cycle de Felice Mazzu. Le coach vient d’accomplir un premier cycle de trois ans, ce qui devient déjà rare dans le monde du football. A présent, nous sommes repartis pour un nouveau cycle de trois années avec lui. À l’époque, lorsqu’il est arrivé au Sporting de Charleroi, il était un entraîneur de D2 et le Sporting de Charleroi était un club qui était en train de revenir doucement du milieu des entrailles de l’enfer. Si l’on regarde la situation aujourd’hui, Felice Mazzu est devenu un entraîneur respecté et convoité en Belgique et le Sporting de Charleroi a réussi à redevenir un club du subtop belge. Nous sommes aujourd’hui davantage attendus, il n’y a plus cet effet de surprise.
Moins de surprise pour l’extérieur car le club est plus stable de l’intérieur…
À partir du moment où l’on tente d’appliquer une politique de stabilité, où notre entraîneur est en poste depuis plus de trois ans, avec quasiment le même staff, à partir du moment où nous avons de nombreux joueurs qui sont au club depuis plusieurs années (notre ossature est composée de garçons qui sont là depuis quand pas mal de temps), nous n’avons pas le choix que de trouver de bons outils. Des bons moyens pour faire en sorte que cette stabilité soit un atout sans pour autant devenir une routine.
Et donc on en revient à cette prise de conscience indispensable au sein du groupe…
Ce qui était vraiment très important pour moi, lors de ce stage, fut de bien confirmer tous ces éléments aux joueurs, au staff et surtout de voir l’application sur le terrain. Pour en revenir au stage, le bilan est extrêmement positif. J’ai senti que les joueurs étaient motivés, que le staff innove dans sa manière de travailler et de fonctionner. Le staff fait en sorte que notre stabilité nous soit utile, qu’elle nous permette de continuer à faire progresser ce groupe.
Précisément, quelles sont les ambitions sportives pour cette saison ?
Je l’ai dit très clairement plus d’une fois, nous allons essayer d’être à nouveau dans les play-offs 1 mais notre objectif prioritaire sera de gagner la coupe de Belgique.
L’effectif a enregistré quelques départs. Pouvez-vous commenter ?
Au niveau des départs, il s’agit de joueurs qui ont moins ou peu joué la saison passée. Nous avons un groupe de 25 éléments. Nous avons comme but de faire progresser ce noyau en nous séparant des joueurs qui ont moins l’occasion de se mettre en évidence et, en parallèle, d’essayer d’apporter des joueurs qui vont augmenter le niveau général du groupe. Lorsque l’on travaille dans une logique de stabilité qui est la nôtre aujourd’hui, nous n’avons pas le choix, nous devons faire progresser les qualités du noyau pour trouver une saine et positive concurrence.
Un départ de taille est celui de Jérémy Perbet, inévitable ?
Jérémy Perbet était un précepte. Nous savions depuis le départ que le garçon venait à Charleroi sans option d’achat. Cela voulait dire que nous devions au final nous remettre à la table avec le club turc auquel il appartenait. Je n’ai absolument aucun regret. Jérémy est venu, il a pris du plaisir et nous a donné de la satisfaction, de la fierté et l’honneur de terminer meilleur buteur du championnat belge. Malheureusement, nous n’avons pas pu nous aligner sur le montant qu’a payé le club de Gand. C’est la vie. Si c’était à refaire, je le referai. C’est cela aussi le football. Jérémy est déjà remplacé en partie dans notre noyau actuel par des joueurs qui finalement n’ont pas pu se montrer suffisamment la saison passée pour la bonne et simple raison que Jérémy était le meilleur. C’était une machine à buts.
Un départ qui pourrait libérer les autres attaquants…
D’une certaine manière, Jérémy Perbet a monopolisé le poste d’attaquant de pointe au Sporting de Charleroi. À partir de ce moment-là, Roman Ferber, qui est un jeune du cru et en qui nous croyons beaucoup, n’a jamais pu montrer ses qualités. David Pollet, qui est monté au fur et à mesure en puissance après avoir une longue période de disette à Gand et Anderlecht, est en train de retrouver le niveau qui était le sien au moment où nous l’avons vendu à Anderlecht il y a plus de deux ans et demi. Il était quasiment meilleur buteur au moment où il a quitté Charleroi. David a les qualités. Je suis certain que cette année sera la sienne. Quoi qu’il en soit, Roman Ferber ou Florent Stevance (qui nous avait rejoints avec le statut de deuxième meilleur buteur de deuxième division) sont motivés comme jamais.
Le club a recruté également Chris Bedia en attaque. Quel est son profil ?
Chris est un jeune joueur très prometteur. Il suffit de voir toute la concurrence à laquelle nous avons dû faire face pour l’enrôler au Sporting. Lille, Istanbul Basaksehir ou encore le Standard étaient sur les rangs. Il s’inscrit dans le projet du Sporting de Charleroi puisque on peut dire que ce n’est pas l’aspect financier qui l’a décidé à signer chez nous. Le garçon est grand, gaucher et correspond à un profil que nous n’avions pas et que Felice Mazzu souhaitait dans son effectif.
Autre recrue, celle de Djamel Bakar. Ici expérience rime avec polyvalence…
Djamel est un milieu offensif polyvalent qui correspond également à une demande de l’entraîneur. Il souhaitait un joueur qui peut évoluer tant à gauche qu’à droite, derrière l’attaquant, bref un joueur polyvalent susceptible d’occuper plusieurs positions sur l’échiquier. C’est un joueur qui a des qualités, c’est indéniable. Il compte plus de 180 matches titulaires en Ligue 1 française. Son CV parle pour lui. Il a été blessé, il a rencontré des difficultés et n’a pas pu se relancer à Montpellier. Nous avons pu prouver par le passé que nous étions tout à fait capables de donner de nouveau la chance à un joueur pareil avec un bon encadrement pour lui permettre de retrouver toutes ses sensations.
Les renforts du dernier mercato hivernal vont aussi être pleinement opérationnels…
Au mois de janvier dernier, nous avons vécu une expérience nouvelle avec le Sporting de Charleroi : celle de ne faire sortir aucun joueur mais d’enregistrer deux arrivées de qualités : Ninis et Benavente. Ces deux joueurs sont venus en période hivernale mais ils vont réellement apporter une plus-value au groupe cette année. Le rythme est revenu pour eux, l’intégration est déjà faite, ce n’est que du bonus.
On sent que le club réfléchit à deux fois avant d’élargir son noyau…
À un moment donné, nous avons eu un surnombre. Certains se sont retrouvés en tribune et cela ne correspondait pas à la ligne de conduite du coach. Il aime avoir un groupe uni, soudé mais surtout dans lequel chaque joueur peut sentir qu’il aura sa chance de se mettre en avant.
Aucune arrivée prévue dans le secteur défensif ?
Felice Mazzu, aujourd’hui, ne veut plus d’un back droit dans le sens où Clinton Mata a montré très clairement qu’il sera l’un des acteurs majeurs du Sporting de Charleroi et du championnat belge. N’oublions pas que Stergos Marinos va revenir de blessure et que le fait d’aller chercher un nouveau pur arrière droit nous conduirait à disposer de trois joueurs pour une seule place… Avec le retour de Djoko Zajkov dans notre noyau, nous possédons également un élément qui peut très bien dépanner à droite. Si les choses devaient évoluer normalement et que Clinton assure sa place, on pourra tranquillement attendre le retour de Stergos et ne pas créer une situation où nous nous retrouverions avec des excédentaires pour la place d’arrière droit.
Pour le reste, vous semblez satisfait de l’équilibre du noyau ?
En dehors des postes offensifs, et après en avoir discuté avec tout le staff, nous pouvons affirmer que notre noyau est bien équilibré. Il a l’avantage de se connaître aussi. Je pense très sincèrement que cette équipe va en surprendre plus d’un cette année.
Quand on évoque le présent et se projette vers l’avenir, il n’est jamais inutile de rappeler d’où l’on vient…
Depuis sa reprise en septembre 2012, le Sporting de Charleroi vit aujourd’hui une situation stable au niveau des finances. Nous avons quitté cette période où nous avons été contraints de publier une perte sur l’exercice de 4,8 millions. Cette perte a été largement résorbée mais cela n’empêche que le Sporting a des échéances. Le club a un crédit qui traîne depuis des années et que nous remboursons chaque trimestre. Ceci dit, le club grandit. Il faudrait réellement être de mauvaise foi pour ne pas voir l’évolution positive du Sporting de Charleroi depuis sa reprise. Aujourd’hui, les bénéfices sont massivement réinvestis dans le club, pour le club et pour faire évoluer celui-ci de manière positive.
Comment cela se matérialise dans les faits ?
Souvenez-vous de mon fameux plan 3-6-9 qui avait été présenté à l’époque et qui en avait fait rire beaucoup. Finalement aujourd’hui, ce plan est devenu dans le monde du football un exemple à suivre pour beaucoup d’autres clubs. Les gens disent "enfin quelqu’un qui a osé écrire et poser les gestes qui vont avec ". C’est ce que nous avons réussi à faire. Un exemple concret ? L’évolution du site de Marcinelle. Il est là, il saute aux yeux. Nous avons décidé d’investir massivement dans la formation des jeunes car nous croyons en cette formation et surtout nous croyons au potentiel que nous avons dans notre région dans laquelle il n’y a aucun club formateur de l’élite.
Charleroi a donc un nouveau statut à faire valoir, c’est cela ?
Regardez la carte du football belge. Sur les 24 clubs professionnels (D1A et D1B), le Sporting de Charleroi occupe une position de monopole dans sa région dans le sens le plus large possible. De Mons à Namur en passant par le Brabant wallon, il n’y a pas d’équipe avec un centre de formation à vocation d’élitisme. Nous devons donc assumer cette responsabilité et donner les possibilités aux jeunes. Pour faire cela, nous avons dû investir massivement dans les infrastructures et la structure. A côté d’un nouveau terrain synthétique sur le site de Marcinelle, nous avons investi dans les formateurs et la qualité de la formation pour notre École des Jeunes.
Les investissements concernent aussi le stade. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Nous avons en effet investi également considérablement au stade du Pays de Charleroi. Nous savons que nous allons effectuer des travaux d’une grande importance. Il faut budgétiser, prévoir l’argent nécessaire. Les travaux qui vont être réalisés atteindront un montant en fonds propres de 4 millions d’euros de la part du club. Une partie a déjà été entamée. Nous avons remplacé les sièges, l’espace VIP, les business seats, la salle rose et nous allons nous attaquer à présent au confort des grandes tribunes, le réaménagement de la buvette de la T4. L’étape suivante sera la T3, la tribune familiale où nous avons la volonté de faire en sorte que les gens se sentent à l’aise et qu’ils aient l’envie de passer plus de temps dans le stade.
Des investissements dans l’infrastructure, dans la structure également…
Les autres investissements importants, on peut les voir au quotidien. À ce jour, tous nos joueurs sont sous contrat de longue durée. De manière régulière, nous renouvelons le contrat de nos joueurs. Nous augmentons les contrats de nos garçons pour leur donner l’envie et la volonté de rester le plus longtemps possible à Charleroi. Bien évidemment, cette stabilité que nous voulons et mettons en place a un prix ! L’intégralité de l’argent qui rentre dans les caisses du Sporting de Charleroi est réinvesti dans le club. Nos bilans comptables sont très clairs, ils sont déposés à la banque nationale et il est devenu enfantin de lire les bilans du club tellement ils sont limpides.
Tout ceci doit à terme installer le Sporting dans une nouvelle dimension…
Ces investissements à tous les étages du club s’inscrivent dans notre volonté de vouloir tout doucement nous positionner comme un club important en Belgique. Nous avons la volonté d’investir aussi dans un centre d’entraînement pour le noyau professionnel, c’est une nécessité. Bien que nous ayons amélioré le système de fonctionnement, nos joueurs doivent encore s’entraîner entre les sites de Marcinelle, qui n’est qu’un terrain d’entraînement, puis doivent se changer au stade. Parfois aussi, nous devons les envoyer à Tubize où nous payons la location des infrastructures. C’est pour cela que nous devons nous positionner sur la mise en place d’un centre d’entraînement pour notre noyau "élites" qui deviendra l’université du football dans notre région. Les meilleurs jeunes qui voudront un jour intégrer un noyau professionnel passeront par cet endroit. Nous désirons cela par ce que d’une part, nous voulons fournir notre noyau professionnel avec des jeunes bons joueurs, mais aussi parce que nous avons une obligation sociale à pouvoir faire en sorte que des jeunes puissent faire du football leur métier.
L’Ecole des jeunes, on y revient… C’est bel et bien l’une des priorités du club ?
Vous savez, il nous a fallu du temps pour redresser considérablement la structure professionnelle du club. Au niveau de la structure de l’École des jeunes, c’est pareil, il n’y a pas de secrets. Je ne pouvais pas être partout en même temps. J’ai malheureusement, avec beaucoup de regrets, été contraint à passer plus de temps sur le noyau professionnel. Je n’ai pu m’occuper de l’École des jeunes que la saison dernière. Nous avons trouvé en Alain De Cuyper, la bonne personne pour tenir la barque en la matière. Lors de sa première saison, il a analysé la situation. Cette année, nous avons investi massivement pour lui permettre la mise en place de ses projets dans lesquels je crois réellement.
Former les jeunes éléments et garder les talents, voilà un double objectif…
Je pense sincèrement que nous entendrons de moins en moins de fuites de nos jeunes talents car nous allons prouver que la formation du Sporting de Charleroi va devenir une référence en Belgique. Je crois fermement dans ce projet parce que nous avons aujourd’hui les bonnes personnes aux bons endroits. Quelques jeunes talents nous ont quittés dernièrement ? C’est comme cela, c’est le foot. Je pense qu’ils se sont trompés car la vraie bonne année de la formation carolo commencera cette saison. Certains garçons nous ont quittés parce que nous leur avons dit qu’ils étaient trop courts. Ils ont choisi d’autres cieux. D’autres sont partis car ils ne correspondaient pas aux attentes de Felice Mazzu. Il faut le dire, nous ne conservons pas tous nos jeunes, non pas parce qu’on est venu nous les prendre, mais aussi parce que tous ne sont pas taillés pour le niveau pro. Intégrer quatre jeunes en stage avec l’équipe A, cela fait partie aussi de notre volonté d’ouvrir certaines portes et permettre à Felice Mazzu de compléter le noyau. C’est à eux de saisir leur opportunité, à eux de montrer qu’ils ont les qualités requises pour intégrer le noyau.
La saison approche à grands pas. La campagne d’abonnements bat son plein. Où en est-on ?
J’ai une déception par rapport aux nombres d’abonnements vendus mais je comprends la situation. Aujourd’hui, nous avons une ossature de base au niveau de nos supporters qui sont des gens extraordinaires qui suivront le Sporting de Charleroi dans n’importe quelle division. Ensuite, nous avons des supporters qui sont attachés au Sporting parce que c’est le club de leur ville mais qui veulent probablement supporter une équipe qui gagne. On doit habituer toutes ces personnes à des victoires. Le football, c’est du show-business. Imaginez Céline Dion faisant un concert tous les 15 jours dans un stade. Si à un moment donné elle a une voix rock, et bien les gens ne viendront plus la voir. À nous de faire en sorte qu’il ait du spectacle dans le stade du Pays de Charleroi, que les gens passent de bons moments.
Vous aimez rappeler l’attitude fantastique des supporters la saison dernière…
Le spectacle que nos supporters nous ont offert la saison dernière dans les tribunes va aussi nous permettre de drainer plus de monde. La T4 sera évidemment "sold out", il n’y a pas de doute là-dessus et les chiffres d’assistance de cette année seront meilleurs que ceux de l’an passé. Il nous faut du temps pour fidéliser à nouveau les fans, du temps pour que les gens se rendent compte que le Sporting va jouer chaque année pour des places à enjeu. Une fois que cela sera fait, l’assistance montera petit à petit.
Vous avez un message à faire passer aux fans du Sporting ?
J’ai le plus grand respect pour les supporters carolos que j’apprécie énormément. Le football déchaîne les passions mais nous ne jouons pas dans un jeu vidéo. Nous sommes dans un monde réel avec des vrais chiffres, avec une cohésion de groupe, avec une réflexion à adopter quand on gère le vestiaire. À un moment donné, on sort des "noms". Personnellement, je ne cherche pas des noms ronflants. Je dois faire une équipe. Quand on finalise le recrutement, nous avons une réflexion avec le coach. On analyse les forces à disposition et comment nous pourrions faire évoluer ce groupe-là. Si je n’ai pas besoin de défenseur central parce que, j’en ai quatre, je ne vais pas aller chercher un nom ronflant pour faire "joli". C’est là que je demande à nos supporters d’analyser la situation du club depuis sa reprise en septembre 2012 et regarder finalement que notre groupe n’est pas si mauvais que cela. Notre club est en pleine reconstruction et doit, malheureusement, puiser énormément dans ses capacités financières pour se refaire.
Nous arriverons un jour où le Sporting de Charleroi aura finalement la possibilité d’aller chercher des noms "ronflants", ce ne sera pas pour le principe, mais parce cela correspondra à une situation où nous aurons besoin d’eux. Aujourd’hui, nous ne sommes pas dans la capacité de le faire. Un jour, ce sera possible. Je pense que nous méritons quand même un peu plus de crédits que certaines personnes veulent nous donner via les réseaux sociaux.